Mercredi 9 novembre 2005
3
09
/11
/Nov
/2005
00:00
Pour tout ce qui concerne la Colombie, notre
presse nationale se contente de diffuser la version officielle du gouvernement URIBE. Tout est fait pour diaboliser et justifier, à posteriori, l’exigence des Etats-Unis de voir figurer les FARC
(Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) sur la liste noire des organisations terroristes établie par l’Union Européenne.
Déjà en mai 2003, lors d’une
sanglante tentative de libération de prisonniers aux mains de la guérilla, nos médias n’ont guère répercuté la condamnation par le Comité Permanent pour la Défense des Droits de l’Homme de
la non prise en compte par le gouvernement du refus des familles de toute intervention armée.
Par ailleurs, la Centrale Unitaire des Travailleurs (C.U.T.) et le Parti Communiste
Colombien n’ont jamais cessé de s’interroger sur l’étrange coïncidence qui fait que chaque fois que se créé un climat propice pour que puisse avoir lieu un échange de prisonniers entre les
belligérants, une opération anti-guérilla lancée par l’armée régulière vient anéantir tous les efforts réalisés par les négociateurs.
Dans cette affaire et comme
d’habitude, le pluralisme de l’information n’a pas été
respecté.
En France, aujourd’hui,
l’attention des médias demeure focalisée sur le problème Ingrid BETTENCOURT, alors que la
question actuellement débattue en Colombie est la possibilité ou pas d’un échange humanitaire global de prisonniers entre les FARC et le gouvernement en place à
Bogota.
Qu’est-ce qui bloque concrètement
cette opération ?
« Prensa Latina » dans son numéro du 11 août 2005 a très clairement
exposé le problème. Il est tout à fait vrai que pour répondre à de nombreuses demandes la guérilla, le gouvernement colombien a fini par proposer aux FARC l’ouverture de discussions en vue
d’arriver à un accord pour un échange humanitaire de prisonniers. Le lieu a même été trouvé : il s’agit d’un coin perdu de montagne dans le département de Caicedonia.
Malheureusement, URIBE refuse l’idée même que son armée puisse se retirer d’un
quelconque bout de terrain du territoire national. La guérilla qui n’a pas la mémoire courte, rappelle que le dernier échange de prisonniers qui s’est déroulé sans démilitarisation de la zone
c’est très mal passé. L’armée a immédiatement pris en chasse, négociateurs et libérés.
Autre exigence gouvernementale : les combattants libérés ne devront pas
rejoindre la guérilla. Les FARC ont fait savoir qu’elles n’avaient aucune exigence de ce genre en ce qui concerne les soldats de l’armée régulière qu’elles se proposent de remettre en liberté à
l’occasion de cet échange. D’ailleurs, comment prétendre imposer un tel engagement ?
En vérité, au travers des
difficultés sans cesse accumulées par URIBE, il apparaît clairement que le gouvernement traîne les pieds et n’a aucune envie d’aboutir. Seule la pression internationale pourra l’amener à s’asseoir à la table des
négociations.
Pourquoi URIBE ne veut-il pas
aboutir ?
Il faut que les choses soient claires :
-
Accepter un échange
humanitaire de prisonniers c’est reconnaître l’existence d’un conflit social et armé en Colombie ; un conflit particulièrement aigu et atypique qui exige une solution politique.
-
Accepter un échange
humanitaire de prisonniers c’est reconnaître les FARC et l’ELN (Armée de Libération Nationale) pour ce qu’elles sont : des forces belligérantes politiques qui représentent une authentique alternative populaire au pouvoir en place.
Et çà, URIBE ne le veut à aucun
prix. Sa doctrine néolibérale au service de l’oligarchie financière nationale et de l’impérialisme américain est uniquement basée sur le renforcement militaire de l’Etat : législation pour
la guerre, budget pour la guerre, traitement de la contestation sociale comme un fait de guerre. Il n’existe pas de place pour la paix dans la politique que mènent les différents pouvoirs qui se sont succédés à Bogota.
Le cas d’Ingrid
BETTENCOURT :
La Colombie vit une guerre civile résultat du conflit social, politique et armé qui
dure depuis plus de quarante ans. C’est dans ce cadre qu’Ingrid BETTENCOURT est tombée aux mains de la guérilla, alors qu’elle sillonnait lors d’une pré campagne électorale présidentielle des
territoires parfaitement connus pour être sous contrôle des FARC.
Ces mêmes FARC ont fait savoir publiquement qu’elles ignoraient au moment de sa
capture la double nationalité d’Ingrid BETTENCOURT et que compte tenu de cette particularité, elles étaient prêtes à négocier sa libération à la condition toutefois, que soient assurées les
conditions de sécurité indispensables pour une telle opération.
Toujours selon la guérilla, la pantomime de MANAOS (Brésil) a été montée de toutes
pièces par URIBE qui a délibérément trompé le gouvernement français et la famille BETTENCOURT dans le seul but de discréditer l’armée révolutionnaire.
Encore une fois, il semble bien que seule la pression internationale puisse
amener le gouvernement de Bogota à faire en sorte que toutes les conditions soient réunies pour qu’Ingrid BETTENCOURT recouvre sa liberté.
Le poids de l’impérialisme
américain :
Avec le
« Plan Colombie », les Etats-Unis interviennent d’une manière éhontée dans les affaires intérieures du pays. Le prétexte invoqué par l’impérialisme américain est aussi banal
que mensonger : détruire le narcotrafic.
Ne soyons pas dupes ! Le « Plan Colombie » n’est rien d’autre qu’une
sale guerre destinée à freiner la lutte d’un peuple pour sa libération sociale.
« Les Amis de Karl Marx » réclament haut et fort le droit pour le
peuple colombien de pouvoir décider librement de son destin. Il ne peut y avoir d’issue à l’actuelle confrontation militaire que par la recherche de réponses politiques aux inégalités sociales
qui l’alimentent.
Boucau le 9 novembre 2005
Derniers Commentaires